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Dominique VERIEN

Maire de Saint-Sauveur-en-Puisaye et conseillère régionale de Bourgogne Franche Comté

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L'héritage de mai 68

Il est beaucoup question de mai 68 ces derniers temps et l’opprobre est jetée sur Nicolas Sarkozy qui a osé en dénoncer l’héritage. Les loups ont oublié que Ségolène Royal elle-même avait envisagé de tirer un bilan de cette période passée pour pouvoir aller de l’avant et rectifier certains excès issus d’une idéologie développée en 68 et fortement présente encore, notamment parmi le corps enseignant.
Avant 1968, les places de chacun étaient plutôt bien définies et rares étaient les ambitieux qui souhaitaient en sortir. Un fils de paysan devenait paysan, un fils de commerçant, commerçant, un fils d’instituteur, instituteur ou fonctionnaire dans un autre type d’activité, un fils de médecin faisait des études, un fils d’ouvrier n’en faisait pas.
Les événements de mai 68 marquent probablement la frontière entre cette organisation et le passage vers ce que nous vivons. Comprenez-moi bien, ce n’est pas mai 68 qui a bouleversé les choses, mais mai 68 s’est produit car le bouleversement était déjà engagé et qu’il était nécessaire de le prendre en compte, ce que nos dirigeants ne semblaient pas vouloir faire, du moins assez vite.
Ces événements ont donc marqué une rupture permettant d’appréhender les choses différemment.
Ainsi des enfants d’ouvriers ou de paysans ont-ils fait des études supérieures sans être préalablement orientés vers des sections courtes en fonction de leur condition sociale et les enfants issus de la bourgeoisie n’ont plus eu de places dans des emplois rémunérateurs s’ils n’avaient pas le diplôme requis pour y accéder …
C’est à ce moment là probablement que l’on a cru au fait qu’en France, il était possible de se développer en fonction de son mérite.
Mais nous avons dépassé ce stade et sommes allés plus loin – trop loin ? - dans la réflexion sur l’accès aux études. Nous avons oubliés le pragmatisme qui guidait le choix des filières et avons cru que l’utopie de la réussite par le savoir intellectuel était la seule valable.
Ainsi, l’école n’était plus là pour apprendre à se débrouiller dans la vie, en passant naturellement par l’accès à un travail, pour donner des connaissances pratiques. L’école devint un instrument de culture, la culture remplaçant la valeur « travail ».
La pensée dominante était – est encore pour beaucoup - d’être cultivé pour soi-même, pour pouvoir échanger des propos intelligents avec d’autres personnes cultivées. Nous pouvions ainsi penser le monde, espérer le construire et participer activement à la vie culturelle et politique de notre pays. Aucun « retour sur investissement » n’était demandé à l’école. L’objectif nécessaire de penser par soi-même était suffisant, le principe de formation pour accéder à un métier était supprimé. L’école n’avait pas à être « rentable », ni à créer des masses laborieuses pour capitalistes en manque de main d’œuvre qualifiée.
Point de salut hors de la connaissance abstraite et de la réflexion pure. Fi donc des métiers manuels « trop asservissants ».
L’héritage de mai 68 est donc un héritage positif, en ce qu’il a permis à nombre d’enfants de faire des études dont ils n’auraient même pas rêvé avant … et j’en suis.
Mais les dérives de mai 68 est d’avoir oublié la pratique pour ne garder que l’idéologie.
Ainsi, les filières courtes sont dévalorisées et les parents préfèrent envoyer leur enfant vers un bac général, sans débouché possible autre que la fac et des filières non tournées vers l’emploi, les autres formations étant restées élitistes comme nos grandes écoles.
Le souhait de devenir intellectuel poussa de nombreux jeunes vers des filières passionnantes mais ne débouchant que sur très peu d’emplois … et uniquement pour les meilleurs, comme les filières de sociologie ou de psychologie qui ne débouchent quasiment que sur de la recherche ou de l’enseignement pour peut-être 10 % de ceux qui y entrent après le bac. Je n’ai pas les statistiques, mais je pense être optimiste en disant 10 %. On leur apprend que la concurrence est mauvais, mais seuls 10 % d’entre eux réussiront … n’est-ce pas une forme de concurrence ? N’est-ce pas une forme de mensonge ? Soit ils auront appris à penser, ainsi ils pourront se battre contre une société imparfaite aux côté de ceux qui les ont rendus chômeurs … Voilà la dérive de mai 68.
Alors oui, il est temps de faire le bilan de cet héritage, d’en garder les points positifs - lesquels de toute façon sont facilement reconnaissables, ce sont ceux qui sont entrés dans les mœurs et dont on ne sait plus qu’ils sont issus des combats de mai 68 – et de corriger les excès produits qui sont ceux dont on souffre aujourd’hui et dont notre système de formation souffre fortement.
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